Vers 3500-3200 av. J.-C. est née l’écriture, dans la région située entre le Tigre et l’Euphrate, berceau de la civilisation mésopotamienne. L’art de cette écriture cunéiforme fut longtemps réservé aux scribes, parmi lesquels figurait un nombre important de femmes, comme le montrent les tablettes retrouvées par les archéologues à Sippar, ville située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Bagdad. La plus connue de ces femmes scribes, Inanna-ama-mu, dont le nom en sumérien signifie « la déesse est ma mère », est celle qui a laissé le plus grand nombre de documents : elle est l’auteure, authentifiée par des chercheurs, d’au moins 19 tablettes retrouvées à Sippar. Ayant vécu et travaillé dans le temple dédié au dieu Shamash au service des naditum (« femmes prêtresses »), il est très probable qu’elle ait appris son métier au sein du cadre familial, auprès de son père, scribe identifié sous le nom d’Abba-tabum. Les documents rédigés de sa main concernent des comptes-rendus de procès, des contrats de mise en fermage de champs, un achat d’esclave ou encore un règlement de litige qui aboutit à la récupération d’un champ par une femme. Leur étude fournit peu d’informations sur la personne même du scribe ; il s’agit davantage d’un témoignage sur la vie du gagūm (« cloître »), qui nous instruit plus particulièrement sur le rôle et le statut de la femme au début de l’époque paléo-babylonienne.
Gassia ARTIN