par Irina BOKOVA
Directrice Générale de l’Unesco

Ce Dictionnaire des femmes créatrices est une œuvre qui fera date, par son ambition et sa volonté de mettre au jour les actrices de la création à travers l’histoire et le monde.

L’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture) est fière de soutenir cet ouvrage et les valeurs qu’il porte. L’Unesco a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une de ses priorités, car c’est un droit humain fondamental et c’est aussi un puissant levier de développement, d’inclusion sociale, de paix.

Chaque page de ce livre est une invitation à célébrer le meilleur de l’esprit humain : la capacité d’inventer, de se renouveler, d’imaginer des solutions innovantes pour la paix et le développement. L’ingéniosité humaine ne connaît pas de limites. Il fallait un ouvrage comme celui-ci pour rendre hommage à la diversité des créatrices, et saluer leur contribution à la civilisation et à la culture mondiale. Résultat d’un immense travail de recherche, ce dictionnaire donne le vertige : près de 1 600 auteur(e)s de tous les continents, 12 000 articles, près de 5 000 pages…

Existe-t-il plus bel antidote – et plus érudit – pour échapper à cette vision qui fait de la femme une éternelle victime, et pour montrer les conquêtes qui furent les siennes ? Ces femmes ont souvent dû, plus que d’autres, prouver leur valeur, pour marquer leur temps et ouvrir des voies nouvelles. Puissent-elles à leur tour inspirer les vocations de celles et ceux qui liront leur parcours. Il m’est donc particulièrement agréable de saluer la ténacité d’Antoinette Fouque et de ses deux co-directrices scientifiques, Béatrice Didier et Mireille Calle-Gruber, pour ce merveilleux témoignage. Il est un encouragement à continuer la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, pour une éducation de qualité pour toutes les filles et les femmes, le plein accès aux bénéfices de la science, de la culture et de l’information qui donne aux apprenties créatrices l’envie de créer davantage.

Dans ce bel écrin de lettrines conçu par Sonia Rykiel, ce livre est un bijou à l’image de tous les noms qu’il contient : élégant, engagé, universel.

Septembre 2013


Aujourd’hui, les femmes dans le monde

 

• Chaque année, les femmes donnent naissance à près de 133 millions d’enfants et assument la majeure partie de leur prise en charge et de leur éducation.

Chaque année, près de 300 000 meurent des suites d’une grossesse ou d’un accouchement, et plusieurs millions en restent mutilées à vie.

Plus de 230 millions de femmes n’ont pas accès aux contraceptifs. L’interdiction et les restrictions du droit à l’avortement entraînent la mort de 47 000 femmes par an et des complications graves pour des millions d’autres.

 

• Elles accomplissent les 2/3 du travail mondial, mais ne possèdent que 2 % de la propriété et ne perçoivent que 10 % des revenus.

Plus de la moitié d’entre elles exercent une activité professionnelle reconnue, mais leurs salaires varient, suivant les pays, entre 44 % et 84 % de ceux des hommes.

Elles accomplissent la plus grande part du travail informel, du travail domestique et des soins aux enfants et aux personnes âgées, travail qui n’est ni rémunéré, ni même comptabilisé.

Elles demeurent les 2/3 des analphabètes et les 2/3 des personnes vivant en dessous du seuil de la pauvreté ; 65 % de leurs emplois sont précaires ; 90 % des familles monoparentales ont une femme à leur tête et 30 % d’entre elles vivent en dessous du seuil de pauvreté.

 

• Elles sont victimes d’un féminicide qui se perpétue chaque jour dans l’impunité et l’indifférence.

200 millions de petites filles et de femmes manquent à l’appel de la population mondiale du fait des violences et mauvais traitements qu’elles ont subis : foeticides d’enfants de sexe féminin, assassinats de petites filles à la naissance, discriminations dans l’accès à l’alimentation, aux soins, à l’éducation, violences et mauvais traitements dans l’enfance et tout au long de la vie.

Selon les derniers chiffres de l’OMS, une femme sur trois dans le monde subirait des violences sexuelles allant parfois jusqu’au meurtre.

En France, une femme est tuée tous les deux jours et demi par son compagnon ou son ex-compagnon.

140 millions de femmes sont victimes de mutilations génitales. Elles sont la cible de viols dans les guerres « modernes » comme dans leur maison : 500 000 femmes et petites filles violées au Congo, depuis 1996 ; 90 % des filles et des femmes violées dans certaines régions du Libéria.

98 % des victimes de l’exploitation sexuelle sont des femmes.

603 millions vivent dans un pays où la violence domestique n’est pas considérée comme un crime.

 

• Elles sont sous-représentées dans tous les lieux de prise de décision.

Elles ne sont que 20,9 % des élues dans les Parlements du monde et sont le plus souvent exclues de toute visibilité.

En France, 88 % des institutions culturelles sont dirigées par des hommes. Sur les 40 membres de l’Académie française, 7 sont des femmes. À la télévision, 63 % des prises de parole sont le fait d’hommes. Il n’y a au Panthéon que deux femmes sur 75 personnalités.

 

Sources : PNUD, FNUAP, OMS.